130 millions d'euros pour détruire l'emploi contre 90 millions d'euros pour pérenniser l'emploi !

Telle est l'équation à laquelle les salariés de l'usine Kléber de Toul, les salariés du bassin d'emploi de Toul, les salariés du département sont confrontés. En effet, dans l'Est Républicain du 4 décembre 2007, la direction de Michelin présentait les coûts de restructuration liés au projet de fermeture en 2009 de l'usine de Toul. Ainsi pour supprimer 830 emplois, le groupe Michelin prévoit 130 millions d'euros. De leur côté les représentants du personnel au Comité Central d'Entreprise de Kléber ont fait réaliser une expertise qui présente plusieurs pistes alternatives qui pérenniseraient le site de Toul et conserveraient les emplois. Cette expertise démontre qu'avec un investissement de 90 millions d'euros, le site peut être pérennisé.

Dans cette affaire, la direction de Michelin affirme de nombreuses contre-vérités pour atteindre son objectif de casse de l'emploi. Le tableau ci-joint donne la contre argumentation de la CGT démontrant que l'usine de Toul doit être pérennisée.

L'avenir de l'usine Kléber Toul ne concerne pas uniquement les salariés de Kléber. Un site de 830 emplois a un impact fort sur le bassin d'emploi et génère de nombreux emplois induits. L'emploi est un des facteurs fondamentaux du financement de la protection sociale, notamment les retraites.

Les statistiques de l'emploi du bassin de Toul montrent que la situation globale s'est détériorée. Le bassin occupe environ 12 500 salariés. Si l'emploi a progressé en 2004 et 2005 par rapport aux années précédentes, il a diminué de 2,2% en 2006 par rapport à 2005. Les secteurs de l'industrie, du bâtiment et du tertiaire ont respectivement perdu de l'emploi.

C'est pourquoi, la richesse créée par le travail des salariés doit d'abord servir pour pérenniser l'emploi au lieu de servir les restructurations spéculatives des actionnaires. La lutte pour l'emploi est l'affaire de tous. Or les 90 millions existent pour financer l'avenir de Kléber Toul puisque le patronat annonce qu'il dispose de 130 millions pour fermer. Ceci ne montre-t-il pas que la bataille est largement justifiée ?



Arguments patronaux développés par la direction Michelin

Argumentation de la CGT démontrant qu'il faut pérenniser l'usine Kléber de Toul

En France, l'usine de Toul fabrique des pneus tourisme milieu de gamme, très fortement concurrencés par des pneus importés de pays à faibles coûts de production qui ont massivement investi ce créneau spécifique depuis 5 ans. Le marché est par ailleurs en surcapacité pour les catégories de pneus fabriquées à Toul. Les pays à faibles coûts de production sont plus axés sur le créneau du bas de gamme. Ce créneau ne concurrence pas le milieu de gamme, comme l'ose l'affirmer la direction. Par contre, la direction de Michelin a organisé la concurrence interne dans le groupe depuis longtemps pour à terme créer toutes les conditions pour fermer l'usine de Toul. Un des choix patronal a été d'arrêter la production de pneus pour les camionnettes, pourtant ce type de production était valorisant et à hautes valeurs ajoutées.
Avec des coûts de production supérieurs de 50% à ceux des fabriquants asiatiques, l'usine de Toul est devenue trop chère par rapport à ses concurrents à bas coûts, dont le volume des importations de pneumatiques en France a augmenté de 70% en cinq ans, selon le directeur du site. 1) la comparaison avec les producteurs asiatiques est fallacieuse, l'usine de Toul ne produit pas les mêmes gammes de produits que ces producteurs. Le bas de gamme (producteurs asiatiques) n'occupe pas le même segment de marché que le moyen de gamme (production de Toul).
2) la direction n'utilise pas pleinement les capacités de production de l'usine de Toul. Cette sous-production augmente artificiellement le "coût unitaire de prodction".
3) la structure et l'équipement de l'usine de Toul permettent de produire de petites séries de pneus, pour répondre à des besoins particuliers du marché que ne peuvent pas faire les autres. Cette particularité a un coût. Mais il n'y a pas d'autres moyens pour occuper certains segments du marché.
Malgré d'importants efforts d'investissement à Toul ces dernières années et la rationnalisation des procédés industriels, l'usine a un coût de production de plus de 50% supérieur à celui de ses concurrents, et n'est plus compétitive. Depuis 1997, la direction a réduit volontairement les volumes produits par l'usine de Toul. D'environ 4 millions de pneus en 1997, la production de Toul est tombée à environ 3 millions. Cette réduction de production plombe évidemment le ratio de la productivité apparente (nombre de salariés par unité produite). L'analyse des investissements effectués à Toul depuis 1999 montre que ces derniers n'avaient pas comme objectif la pérennisation du site, mais seulement de la "maintenance courante"...
Ce n'est pas une décision simple, mais elle est inéluctable. On n'a pas le choix. On a vraiment examiné tout ce qu'on pouvait faire pour ne pas fermer. "Depuis 1999, 45 millions d'euros ont été investis dans l'usine pour améliorer sa rentabilité." a expliqué M. de la Gravière dans un entretien avec l'AFP.  Le comportement patronal dans les instances représentatives du personnel montre que l'opinion de la pérennisation du site a été rapidement écartée. L'impasse de la place de l'usine de Toul dans le groupe était identifiable depuis plusieurs années. Rien n'a été fait pour lui construite un véritable avenir industriel.
Dans les usines Michelin, les machines sont beaucoup plus automatisées et permettent une meilleur rentabilité. On a pensé en amener ici, chez Kléber. Mais il aurait fallu quasiment reconstruire l'usine. "Economiquement, ça n'avait pas de sens" a déclaré Henri de la Gravière. Ce type d'argument patronal nie la réalité dans la production des pneumatiques. La caractéristique du site de Toul et les savoir-faire des salariés permettent une véritable réactivité vis à vis du marché. En  effet, de façon très flexible, ses chaînes de production peuvent s'adapter à la demande (type de pneu, marque de commercialisation) sans être obligé d'un arrêt prolongé. Cette caractèristique est assez unique dans le groupe Michelin. Paradoxalement le groupe veut supprimer une unité de production qui peut le mieux suivre le marché...
Les propos patronaux montrent le peu d'intérêt qu'isl portent au rôle structurant sur un territoire (bassin d'emploi) la présence d'une telle unité de production !
La contribution de l'usine de Toul à l'entité Kléber, et donc à Michelin, était déficitaire, même si le groupe Kléber ne l'était pas , a précisé le directeur. La fourniture des matières premières à l'usine de Toul (gomme) est faite par le groupe. La commercialisation des produits finis est faite par le groupe. En conséquence, il est facile de "mettre en déficit" une unité de production que la direction du groupe veut tuer. La transparence des comptes n'est pas une vertu patronale, notamment chez Michelin...


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